Entretien avec Frédéric Dezert, Responsable des magazines chez Canal + International

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    Fréderic Dezert est Responsable des magazines au sein de la Direction des Chaînes et des Contenus chez CANAL + INTERNATIONAL. Il a un long passé dans le domaine de la production aussi bien chez France 3 où il s’occupait entre autres de Faut pas rêver que chez M6 ou après avoir collaboré au magazine Capital il était devenu Rédacteur en chef et adjoint au Directeur des magazines.

    Avant de rejoindre CANAL+ en 2015, il occupait le poste de rédacteur en chef chez Galaxie presse et avait assuré la conception et le lancement du magazine Réussite.  

    Les Mardis de l’Afrique sont dédiés aux magazines et aux grands reportages. De quoi est composée cette case ?

    Avec Nathalie Folloroux, la directrice de la programmation de Canal + International, nous avons décidé de proposer plusieurs émissions  en alternance dans les Mardis de l’Afrique  : notre magazine économique REUSSITE qui est diffusé tous les premiers mardis du mois, une nouvelle grande émission sur la santé : Bonjour santé qui débutera le 2ème mardi de  janvier, un magazine sociétal d’enquêtes et de reportages : enQuête d’Afrique qui est diffusé le 3ème mardi du mois, et puis chaque 4ème mardi du mois, 3 émissions en alternance de découverte et de rencontres au travers de la musique, de la cuisine, ou de personnalités qui nous font découvrir un pays d’Afrique : Afrodizik, Suivez le chef et RENDEZ-VOUS…, enfin nous aurons également dans cette case quelques documentaires de prestige. Tous ces programmes sont diffusés en prime time à partir de 20H30 tous les mardis.

    REUSSITE, est le premier magazine lancé par CANAL+AFRIQUE il y a 4 ans c’est également le plus connu. Où est-il produit aujourd’hui ?

    Je voudrais tout d’abord faire un petit retour en arrière. La vision qu’on pouvait avoir de l’Afrique dans les médias il y a quelques années, était principalement négative (violence, misère, corruption, épidémies…). Or pour ceux qui connaissent l’Afrique, la réalité est tout à fait différente. L’activité, la créativité y sont bouillonnantes, les potentialités considérables. Il y énormément de talents qui ne demandent qu’à éclore.

    Nous avons donc traduit cela non seulement en faisant une émission sur ces entrepreneurs et ces réussites mais aussi en encadrant et en formant sur place des talents dans le domaine de la production audiovisuelle.

    Au départ toutes les équipes de GALAXIE partaient de France mais aujourd’hui 50% des reportages sont réalisés avec des salariés africains. Galaxie Africa a maintenant un bureau à Abidjan et travaille avec des JRI qui sont totalement autonomes et s’appuie sur des correspondants au Sénégal, au Cameroun, en RDC, en Côte d’ivoire ou au Burkina qui peuvent être amenés à se déplacer dans les pays limitrophes.

    Elé Asu a annoncé récemment qu’elle quittait le Groupe CANAL et donc la présentation du magazine REUSSITE

    Nous remercions sincèrement Elé Asu pour ces 4 années passées au service de Réussite et de CANAL+. Elle a décidé de quitter le monde de la télévision pour entrer dans celui de l’économie ! Et nous lui formulons nos meilleurs vœux de …Réussite !

    enQuête d’Afrique, votre magazine de société va se pencher sur l’évolution de ce Continent en pleine mutation à travers des enquêtes et des reportages. Allez-vous vous mettre en place le même modèle de production que pour Réussite ?

    Pour Réussite nous faisons appel à un co-producteur, la société Galaxie-Africa mais pour enQuête d’Afrique nous nous appuyons sur plusieurs sociétés de production africaines et également sur des sociétés spécialistes de l’Afrique, basées en France pour produire ce programme qui est présenté par Hapsatou SY.

    Nous travaillons par exemple avec la société Hémisphère qui est basée à Abidjan et à Douala et qui a été fondée par Patrick FANDIO un producteur camerounais qui a réalisé pour nous plusieurs sujets comme « l’essor des églises évangéliques en Afrique Centrale », « le trafic des faux médicaments », ou « la Chinafrique ».

    Nous travaillons également avec Soprod qui s’est associée à Gondwana City Production la société de production de MAMANE basée à Abidjan, avec lequel nous produisons le Parlement du rire et qui a décidé de se lancer dans la production de grands reportages de société en collaboration avec Sophie Hamdad qui apporte la dimension rédactionnelle.

    Nous travaillons également avec la société de production béninoise AfrikaFun basée à Cotonou.

    Pour Afrodizik nous travaillons depuis de nombreuses années avec Didier Awadi au travers de sa société de production Studio Sankara. Didier est également l’incarnation de cette émission qui nous invite à découvrir en musique les méandres des grandes capitales africaines.

    Pour compléter nos besoins, pour enQuête d’Afrique ou pour nos émissions de découverte, nous nous appuyons également sur des sociétés basées en France qui connaissent bien l’Afrique comme Bo travail, la Compagnie des taxis brousse, Liberos films ou Spécial touch dirigé par Sébastien Onomo un producteur africain installé à Paris …

    Comment vous assurez vous que ces sociétés apportent, elles-aussi un regard africain et non pas une vision française ?

    Tout d’abord, toutes ces sociétés ont un lien fort avec l’Afrique que ce soit parce qu’un de leur dirigeant est africain ou bien parce qu’elles possèdent une longue expérience sur le continent. Néanmoins notre rôle est essentiel pour garantir la ligne éditoriale en conservant un regard africain sur ce qui est présenté. C’est un combat quotidien car on en revient malheureusement assez facilement à une vision parisienne, occidentale des sujets.

    Bonjour santé sera produite par 17 juin Media qui produit déjà le Magazine de la Santé sur France 5. Comment allez-vous « africaniser » cette émission

    Sur un sujet comme la santé, un grand nombre de thèmes sont universels et concernent tout le monde. C’est le Docteur Roger Moyou-Mogo qui co-présentera l’émission qui doit avec notre soutien, apporter ce regard africain sur la santé et sur la façon dont les sujets vont être abordés. Comme il l’évoquait récemment, le traitement occidental de l’épidémie d’Ebola (qui a fait 10 000 morts), a été hystérisé par les médias alors que d’un autre côté chaque année le paludisme fait plus de 500 000 morts sans que personne n’en parle…

    Notre rôle consiste à sélectionner les sujets qui concernent les africains mais aussi à veiller qu’ils soient traités avec un œil, un angle qui soit perçus par les africains de manière conforme à leurs attentes.

    Pour conclure, je voudrais dire que s’il est essentiel de travailler avec des sociétés de production africaines ou qui connaissent bien l’Afrique pour développer notre contenu, l’africanisation c’est aussi s’appuyer sur des sociétés africaines pour la production technique. C’est la raison pour laquelle nous travaillons, en Côte d’Ivoire notamment, avec des sociétés comme African Broadcast System (ABS) qui est capable de gérer la captation d’événements sportifs comme des matchs de football ou des tournages en public comme le Parlement du Rire ou des concerts de musique

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