Entretien avec Emmanuel Hoog, PDG de l’AFP

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    L’AFP est partenaire des Rencontres Africa 2017 organisées par Africa France, qui s’ouvrent  à Abidjan les 2 et 3 octobre 2017 et se poursuivent ensuite les 5 et 6 simultanément à Nairobi et Tunis.

    A cette occasion, Emmanuel HOOG, Président Directeur Général de l’AFP, nous parle de ses activités en Afrique et de sa vision du développement des médias sur le continent

    Tout le monde connait l’AFP mais pas forcément son offre de service et sa position en Afrique. Que pouvez-vous nous en dire ?

    L’AFP est certainement l’agence d’informations mondiale la plus présente en Afrique, au regard de ses concurrents, anglo-saxons ou issus d’autres régions du monde, comme Chine Nouvelle et Anadolu. Nous avons quinze bureaux permanents sur l’ensemble du continent africain, regroupant environ 270 collaborateurs journalistes.

    La rédaction africaine correspond désormais, dans sa répartition, au caractère multimédia de notre couverture puisque sur ces 270 collaborateurs,  43% sont des journalistes dédiés au texte en français/anglais/arabe, 30% des journalistes reporters d’image, et 27% des photographes. Ce qui signifie que plus de 50 % de nos forces en Afrique sont dédiées à la couverture en images. Editorialement, il n’existe pas de domaine de prédilection mais plutôt une couverture très complète de l’ensemble des domaines de l’actualité : politique, et, de plus en plus, économique, culturelle et sociale, avec également une attention toute particulière portée sur l’actualité sportive.

    Pour quelle raison l’information sportive est-elle si importante pour vous ? 

    L’AFP a vocation à être la première agence mondiale d’informations sportives. Nos concurrents anglo-saxons ont plutôt choisi le terrain de l’économie, ce qui ne veut pas dire non plus que l’AFP n’a pas une copie économique forte : celle-ci représente d’ailleurs un de nos axes de développement et d’amélioration en Afrique. Mais nous portons une attention toute particulière en matière de sport et notamment de football car nous avons bien conscience qu’il existe une passion mondiale pour ce sport, pour lequel il existe des enjeux économiques et sociétaux et pas simplement sportifs.

    Le modèle qui consacre une part majoritaire à la production d’images est-il une particularité africaine ou est-il est appliqué au reste du monde ?

    Globalement, la couverture vidéo était un manque pour l’AFP et ce, de manière globale, pas simplement en Afrique. La Direction Afrique dirigée par Boris Bachorz a fait un bond significatif ces dernières années car la vidéo et la photo (versus le texte) sont aujourd’hui majoritaires en Afrique, ce qui n’est pas encore le cas pour les autres continents.

    Le retard a été comblé par le développement d’un réseau dense de collaborateurs sur le terrain. Aujourd’hui, l’AFP produit 9 vidéos par jour en moyenne sur l’ensemble du continent. Une force qui nous permet de nous placer loin devant nos concurrents.

    Ainsi, la vidéo en provenance d’Afrique occupe une large part de la couverture vidéo de  l’AFP et représente un élément déterminant de la couleur générale de notre production vidéo.

    La couverture vidéo est complétée par l’AFPTV Live, le nouveau-né de l’agence avec une fréquence,  ces dernières semaines, d’environ un live par jour réalisé depuis l’Afrique. La fréquence des vidéos live depuis l’Afrique devrait augmenter à l’avenir. L’Europe est aujourd’hui surreprésentée dans la production globale de live, mais cela sera contrebalancé par la montée en puissance de l’Afrique, de l’Asie et des autres continents.

    Quels sont les clients qui bénéficient de votre production en Afrique ?

    Aujourd’hui l’Afrique correspond bien à notre problématique mondiale : historiquement nos clients étaient des médias et de la presse, puis le développement des sites internet a donné une nouvelle vie à notre production texte. Aujourd’hui, le développement de la photo et de la vidéo sont les deux éléments qui tirent notre chiffre d’affaires. Nous comptons à ce jour près de 300 abonnés à nos différents produits (texte, photo, vidéo et infographie) sur le continent africain et une quarantaine de chaînes de télévision sont abonnées au service vidéo (AFPTV). Nous sommes dans une très bonne dynamique car depuis 2013, nous avons multiplié par trois le nombre d’abonnés à l’AFPTV.

    L’impact dépasse d’ailleurs le seul continent africain. Il y a quelques semaines, l’AFP est devenue l’un des premiers fournisseurs au monde de la BBC en matière de vidéo. Un événement très fort et très significatif dans le monde des télévisions d’information, qui atteste d’une reconnaissance de la maturité et de la qualité de notre offre. La qualité de la couverture de l’Afrique par l’AFP a fait partie des éléments qui ont orienté le choix de la BBC.

    Les chaînes africaines n’ont pas beaucoup de moyens. Est-ce que vous pensez que l’économie des chaînes africaines va s’améliorer et donc vous permettre aussi de vous étendre ? Plus généralement quelle est votre vision du développement des médias en Afrique et plus particulièrement en  Afrique francophone ?

    Il existe un lien très fort entre le développement économique, le développement de la publicité et le développement des médias. L’arrivée de la TNT et le développement économique sont donc des facteurs d’expansion et de croissance pour le secteur des médias audiovisuels qui n’ont probablement pas encore atteint le niveau de maturité et le niveau de croissance qu’il connaît sur d’autres continents. Le marché publicitaire continuera de croître sur le secteur de l’audiovisuel et donc les télévisions auront plus de moyens et pourront devenir des clients potentiels pour les offres de l’AFP et notamment en matière de vidéo. De ce point de vue-là, il s’agit d’un marché où les prix sont certes bas par rapport à d’autres continents mais qui est en croissance pour nous.

    Au-delà des 40 chaînes déjà abonnées au service vidéo, il reste un marché potentiel de plus d’une centaine de TV. Et quand on regarde la taille atteinte par plusieurs grands médias en Afrique australe et orientale, cela rend confiant sur le développement de ce secteur côté francophone dans les prochaines années.

    Comment voyez-vous le développement de la vidéo sur le Web ?

    La vidéo sur internet dépend en partie, de la qualité des réseaux. Nos offres web existent et ont naturellement vocation à se développer en parallèle du développement de la qualité des débits et des réseaux. Ce qui est certain c’est que pour l’Afrique comme pour les autres continents du monde, l’entrée dans l’information se fait par l’image. Par conséquent, une grande agence d’informations ou une rédaction, se doit d’être capable de produire sur les mêmes sujets aussi bien en vidéo, en photo qu’en texte.

    Une vision un peu datée que l’on peut avoir de l’AFP pourrait se résumer à la France, en oubliant la dimension internationale. Comment avez-vous réussi sur la partie anglophone à vous frayer un chemin face aux concurrents ? 

    Depuis plus d’une décennie, producteurs anglophones et francophones se répartissent de manière quasiment égale au sein de nos rédactions. L’AFP, qui travaille au total en 6 langues, est l’agence la plus mondialisée ; elle héberge la plus internationale des rédactions, avec 80 nationalités représentées. Par ailleurs 60% du chiffre d’affaires de l’AFP se fait à l’étranger.

    Si historiquement l’AFP était une rédaction française produisant à travers le monde pour des journaux français, elle est aujourd’hui une rédaction mondiale qui travaille pour les rédactions du monde entier. Personne dans le monde n’achète l’AFP pour savoir ce qu’il se passe en France. Nos clients russes, chinois, sénégalais, argentins, mexicains… et nous pourrions en citer beaucoup d’autres, achètent l’AFP pour savoir ce qu’il se passe chez leurs voisins et dans le reste du monde et ils l’achètent pour l’avoir en texte, en photo et en vidéo. Notre production doit donc s’adapter à ces besoins.

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