Entretien avec Dominique Guihot, Président – Directeur Général d’Africa N°1

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    Dominique Guihot est Président Directeur Général et principal actionnaire d’Africa Media, la société éditrice d’Africa N°1 Paris. Il prépare activement le lancement d’une radio panafricaine basée à Abidjan.  Il nous fait partager sa vision et ses projets.

    Africa n°1 est une marque emblématique en France et en Afrique qui a connu de nombreux aléas au fil du temps. Quelle est sa situation aujourd’hui ?

    Africa n°1 a été créée en 1981 avec des fonds français (SOFIRAD) et gabonais. Elle était basée à Libreville (et elle y est toujours) et émettait en ondes courtes avec une vocation panafricaine. Au moment où Africa n°1 est arrivée en France il a fallu, pour des raisons juridiques liées à la loi Carrignon, créer une deuxième société de droit français indépendante de la première. C’est cette société, Africa media SA, que j’ai racheté en 2000 à la SOFIRAD qui souhaitait se désengager de ses actifs médias privés. La société d’origine, Africa N°1 Gabon est passée en 2007 dans le giron de la Jamahiriya arabe libyenne. Elle ne diffuse plus qu’au Gabon en FM et est en redressement judiciaire depuis 2011. 6 % du capital de la société lui appartiennent toujours.

    Vous avez sollicité auprès de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) l’attribution d’une fréquence radio à Abidjan qui doit servir de point de départ à votre projet panafricain. Pourquoi vous intéressez vous aujourd’hui à l’Afrique et quelles sont vos ambitions ?

    Tout d’abord nous pensons que c’est le moment de le faire car l’audiovisuel privé en général et la radio en particulier, sont en train de connaitre des changements importants en Afrique. Il y a maintenant de nouveaux concepts, de nouveaux opérateurs, des experts internationaux comme Lagardère ou TRACE qui ont l’ambition de se développer partout en Afrique et il était paradoxal qu’une radio comme AFRICA n°1, qui a trouvé son public sur les cultures africaines à Paris, n’ait pas d’ambition sur le continent.

    Il y a encore la place pour cette idée panafricaine sur le plan culturel, sportif, mais aussi sur le plan politique car nos auditeurs s’intéressent à l’actualité de tout le continent et pas seulement à l’actualité de leur pays. Tout le travail que nous avons réalisé à Paris depuis 17 ans pourrait se prolonger et s’enrichir sur le continent.

    RFI n’occupe-t-elle pas déjà ce territoire ?

    Incontestablement RFI occupe une place très importante dans le paysage radio : elle a trouvé son public panafricain il n’y a qu’à voir les chiffres d’audience, mais cela reste une radio de souveraineté émettant de France vers l’Afrique. Notre objectif sera, aux côtés de RFI, et sans doute modestement au départ, d’offrir une alternative qui par comparaison aura  les 2 pieds en Afrique, (c’est pour ça que nous avons créé notre société à Abidjan), et qui sera essentiellement animée et conçue par des équipes africaines sur le continent. 

    Quel est votre plan de développement ? 

    Pour y parvenir nous souhaitons obtenir des fréquences dans une vingtaine de capitales des pays francophones et développer, dans les autres principales villes, des partenariats avec des stations importantes qui correspondent à notre ligne éditoriale

    Votre modèle est basé exclusivement sur la publicité. Pensez-vous que le développement du marché publicitaire est suffisant pour accueillir toutes ces nouvelles initiatives ? 

    Nous avons préalablement au montage de notre dossier, fait une étude de marché publicitaire sur Abidjan et les résultats étaient assez encourageants. Mais c’est vrai qu’il y a une question sur le sujet et que tous ceux qui sont censés vivre de la publicité n’y arrivent pas.

    Je pense fondamentalement que plus il y aura d’éditeurs crédibles plus le media va s’enrichir en termes d’image mais aussi financièrement. Je suis convaincu qu’on peut engager un vrai travail collectif pour avoir une stratégie commune, un code de déontologie sur le respect de conditions générales de vente, sur la transparence et la fiabilité de la commercialisation et sur la mise en valeur collective du media.

     Vous pensez que les éditeurs ivoiriens sont mûrs pour construire une action commune ? 

    Tout le monde peut y trouver son intérêt : si 10 acteurs se parlent pour valoriser le media radio ils vont faire grandir le media, mais effectivement si tout le monde tire dans son coin avec des méthodes de commercialisation dispersées on n’y arrivera pas.

    Aujourd’hui, j’en suis convaincu, la radio est vendue en deçà de sa vraie valeur : c’est un media grand public, qui a beaucoup d’impact, qui rentre dans la vie quotidienne des gens et qui est très efficace.

    J’ai l’expérience de ce qu’on a fait collectivement avec les indés radio (NDLR : Les Indés Radios est un GIE regroupant plus de 130 radios locales, régionales ou thématiques en France) en proposant au marché une offre groupée qui est devenue la première offre radio de France et qui pèse aujourd’hui 90 millions d’euros de chiffres d’affaires annuel. Cela ne s’est pas fait au détriment des autres radios, cela s’est fait par valorisation de notre offre et cela a aussi concouru à la valorisation du media radio qui est capable de faire du national mainstream mais aussi de la proximité grâce à notre offre.

    La radio en Côte d’Ivoire est écoutée tous les jours par 70% de la population. Ca reste un media de masse.  C’est une offre un peu dispersée qui n’a peut-être pas encore une traduction claire, simple dans les agences et auprès des annonceurs mais c’est à nous tous collectivement d’y travailler.   

    Certains sont persuadés que la web radio est l’avenir de la radio en Afrique. Qu’en pensez vous ? 

    C’est quand même plus facile d’avoir des ambitions web car cela comporte moins de conséquences financières. C’est une solution assez aisée : vous faites un bel effet d’annonce, vous créez un player dédié à l’Afrique et vous avez lancé une web radio en Afrique.

    Cela n’a rien à voir en matière d’investissements avec le fait de monter un dossier pour une instance de régulation, acheter des émetteurs, avoir une politique locale de contenu et de communication. C’est un autre marché : les investissements nécessaires n’ont rien à voir et le potentiel non plus : en France 90 % de l’écoute de la radio se fait encore par la FM.

    Mais on ne peut bien sûr pas vivre sans concevoir la dimension numérique. Nous avons en France, et nous aurons demain en Afrique, une application pour les smartphones, un site internet et une stratégie solide sur les réseaux sociaux.  Le dialogue s’est d’ailleurs déjà noué entre nous et les publics africains qui n’ont pas accès à la FM de cette façon-là. Nous avons à titre d’exemple 500.000 fans sur Facebook dont 80% sont aujourd’hui en Afrique.

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